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Impressions d'Aubrac

publié le 22 juin 2011 à 14:07 par Eric S.
"Je suis toujours vivant, avec le plein de points UTMB en poche.
Finalement, cet ultra de l'Aubrac se sera bien terminé pour moi, mais je dois vous avouer que je ne me rappelais pas avoir tant souffert.
 
Au départ à 4h15, je n'avais vraiment pas de jambes et je me suis un peu forcé à prendre une allure normale, mais ça manquait de conviction. A 6h du mat, ce que je craignais le plus arrivait déjà : un ruisseau à traverser et de l'eau jusqu'aux chevilles (zut, déjà qu'il n'y avait que 5° ...); le problème, c'est que je m'étais occasionné de belles ampoules (à sang) à la Chartreuse et qu'elles n'étaient pas bien refermées. J'ai pu vérifier après la course ce que ça avait donné comme résultat; heureusement qu'il y avait un podologue sympa à l'arrivée qui m'a pompé une seringue de sang ... quand elle a vu l'état de mes pieds hier soir, Colette a failli avoir une syncope (là, j'exagère un peu).

Bon, je reviens à la course. Il y avait deux pointages intermédiaires : l'un après 25,8km et l'autre après 60,1 (voir détails : http://www.runinlive.com/newsletter/resaubrac2011/AubracUltraTrail.pdf). Jusqu'au km40, mon allure était bonne, je passais les grosses côtes à mon rythme habituel et je limitais les dégâts dans les descentes très techniques (beaucoup de grosses pierres et de racines sur de très étroits sentiers forestiers souvent en complet dévers). Mais j'avais mangé mon pain blanc et j'ai à ce moment là senti tout le poids du monde sur mes frêles épaules. La galère, les amis ! J'ai ramé comme jamais, les genoux ne montaient plus, je sentais que les pieds étaient en piteux état, le moral n'était pas bon. Je me suis vraiment demandé ce que fichais là, tout seul dans ces forêts de Lozère, sans fils ni amis, à 900kms de chez moi...
J'ai essayé de faire le vide dans ma tête et de ne plus penser qu'à mettre un pied devant l'autre, mais je broyais des idées noires et je me faisais même dépasser en côte (comme je sais que c'est mon point fort, j'avais du mal à l'avaler).
Et puis, au km54 (un spectateur bien intentionné me l'a dit), j'ai regardé mon chrono : 6h40 ! Comme c'était mon temps final à Bouillon pour la même distance, il y a eu un petit déclic dans mon cerveau fatigué : je n'étais peut-être pas si mal que ça tout compte fait ...
Petit à petit, mon gros passage à vide est passé et j'ai commencé à retrouver mon rythme. Entre le 60ème et le 80ème, je peux même dire que j'étais bien saignant ! (... surtout des pieds, évidemment !). Bon, évidemment, ça ne rigolait plus beaucoup dans les 10 derniers kms, mais les quelques spectateurs égarés dans ces paysages sauvages ainsi que les bénévoles m'ont tellement encouragé (dossard avec prénom) que je n'ai pratiquement plus arrêté de courir jusqu'à l'arrivée, vraiment magique et du type "Templiers" pour ceux qui connaissent. Quel respect pour les coureurs. Merci, Mesdames et messieurs les organisateurs et les bénévoles !
Résultat final : les 94,2km (ben oui, ils en ont rajouté un peu ...) et 3750m D+ en 13h34'15, 40ème et 4ème V2 (ils ont du faire une erreur quelque part puisque j'ai eu droit au podium).
Les organisateurs sont peut-être super, mais ils n'ont eu aucune pitié pour les barrières horaires, qui m'avaient semblé à juste titre très sévères avant le départ : regardez la grosse lessive dans le classement ...
 
Je suis franchement content et soulagé d'avoir un peu de temps pour me reposer maintenant.
 
Géry